La Saoura : mémoire, territoire et identité en mouvement

Coordonné par :
  • Touhami MERZOUGUI
  • Nassima HAMIDA
Statut : Ouvert
Date limite de soumission des articles : 15/05/2026
Argumentaire :
Le patrimoine culturel n’est pas seulement ce qui nous vient du passé ; il est ce que les sociétés en font aujourd’hui. Il vit, se transforme et se réinvente dans les pratiques, les récits et les lieux qui donnent sens à l’expérience collective. Entre le visible et l’invisible, entre la matière et le symbole, il constitue une mémoire active, qui participe à la manière dont les communautés se pensent et se projettent. C’est dans cette perspective que Maurice Halbwachs (1992) a proposé la notion de "mémoire collective", pour désigner cette capacité des groupes à relire leur passé à la lumière du présent.

C’est à partir de cette idée que ce numéro de la revue "Turath" propose de porter un regard sur la région de la Saoura. Plus qu’un simple espace géographique, la Saoura apparaît ici comme un territoire chargé de sens, où les traces du passé dialoguent avec les réalités d’aujourd’hui. Ses gravures rupestres, ses ksour, ses pratiques culturelles encore vivantes en font un véritable "lieu de mémoire", au sens de Pierre Nora (1989), c’est-à-dire un espace où se tissent étroitement histoire, représentations et appartenances.

Le choix de consacrer ce numéro à la Saoura s’inscrit dans le contexte de la célébration du Nouvel An amazigh (Yennayer). Bien au-delà de sa dimension festive, cet événement traduit une continuité symbolique forte, un moment où la mémoire se ravive et où le lien entre passé et présent se resserre. Comme l’a montré Eric Hobsbawm (1983), les traditions ne sont pas figées : elles se transforment, se réinventent, tout en maintenant une impression de continuité.

Au fil du temps, la Saoura s’est construite comme un espace de passage et de rencontre. Les routes caravanières qui la traversaient ont favorisé les échanges, les circulations et les métissages culturels. De cette histoire est née une identité singulière, faite à la fois de diversité et de permanence. Pour en rendre compte, ce numéro mobilise des approches issues de l’anthropologie sociale et de la géographie culturelle, afin de mieux comprendre les liens profonds entre les sociétés et leurs territoires. Dans cette optique, la réflexion rejoint les analyses d’Henri Lefebvre (1991), pour qui l’espace est toujours le produit d’une histoire vécue et de pratiques sociales.

Les gravures rupestres de la région offrent, à cet égard, un témoignage particulièrement précieux. Elles apparaissent comme des fragments d’un passé lointain, des traces laissées par des hommes qui ont inscrit leur présence dans la pierre. Mais leur interprétation exige prudence et rigueur, afin d’éviter de projeter sur elles des significations qui ne leur appartiennent pas. Les recherches menées en Algérie (Deridi, 2016 ; Bouafia, 2019) montrent d’ailleurs que le patrimoine saharien doit être appréhendé comme un ensemble complexe, où s’entrelacent dimensions naturelles, culturelles et sociales.

L’ambition de ce numéro est donc de dépasser la simple description pour ouvrir un espace
de réflexion. Il s’agit de croiser les regards, de mettre en dialogue les approches théoriques et les enquêtes de terrain, et d’interroger la place du patrimoine dans la
construction des identités.

Dans cette perspective, l’identité amazighe est envisagée comme une composante essentielle de l’identité nationale, inscrite dans une histoire longue mais toujours en mouvement (Marzouki, 2012 ; Chafik, 2000).

Par ailleurs, la question de la préservation et de la valorisation du patrimoine occupe une place centrale. Des institutions comme le musée de Béni Abbès ou le parc culturel de la Saoura jouent un rôle clé dans ce domaine, en contribuant à faire du patrimoine non pas un héritage figé, mais une ressource vivante. Cette dynamique ouvre également des perspectives en matière de développement, notamment à travers le géotourisme et l’éducation patrimoniale, à condition de trouver un équilibre entre mise en valeur et protection.

Au fond, ce numéro est une invitation à repenser notre relation au patrimoine. Non comme une mémoire lointaine et immobile, mais comme un espace de réflexion, de transmission et de création. La Saoura, par la richesse de ses paysages et de son histoire, nous rappelle que les lieux ne sont jamais neutres : ils portent des traces, des récits et des significations. Et c’est peut-être là que réside leur force — dans cette capacité à transformer l’expérience humaine en mémoire, et la mémoire en identité vivante.
Dans le prolongement de cette réflexion, la revue Turath invite chercheurs et doctorants en sciences humaines et sociales à partager leurs travaux. Elle accueille des propositions ouvertes à des approches pluridisciplinaires, portant sur la mémoire collective, les dynamiques territoriales, les pratiques culturelles, les processus de patrimonialisation et les questions d’identité. À travers cet appel, la revue souhaite nourrir le dialogue scientifique et approfondir la réflexion sur les transformations contemporaines du patrimoine.

La date limite de réception des articles, et les résumés est le 15 mai 2026. Les règles de publication scientifique doivent être respectées et l’article doit être rédigé selon le Template proposé sur la plateforme des revues algériennes disponible via le lien : https://www.asjp.cerist.dz/en/PresentationRevue/920


Quelques repères bibliographiques :
Bibliographie
• Halbwachs, M. (1992). On collective memory (L. A. Coser, Trans.). University of Chicago Press. (Original work published 1950)
• Nora, P. (1989). Between memory and history : Les lieux de mémoire. Représentations,
26, 7–24.
• Nora, P. (Ed.). (1984–1992). Les lieux de mémoire (Vols. 1–3). Gallimard.
• Hobsbawm, E., & Ranger, T. (Eds.). (1983). The invention of tradition. Cambridge
University Press.
• Lefebvre, H. (1991). The production of space (D. Nicholson-Smith, Trans.). Blackwell. (Original work published 1974)
• Assmann, J. (2011). Cultural memory and early civilization : Writing, Remembrance,
and Political Imagination. Cambridge University Press.
• Ricoeur, P. (2004). Memory, history, forgetting. trans. Kathleen Blamey and David Pellauer (Chicago:University of Chicago Press, 2004), xvii+642 pages.
• Lowenthal, D. (1998). The heritage crusade and the spoils of history. Cambridge
University Press.
• بوعافية، أحمد. (2019). توظيف تراث إقليم الساورة في الرواية الجزائرية. مجلة آفاق علمية، 11(3)،
399–418.
• شفيق، محمد. (2003) لمحة عن ثلاثة وثلاثين قرناً من تاريخ الأمازيغيين. دار أنفوبرانت (Infoprint)، الرباط.

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